EDITORIAL DE JUIN 2019 PAR PATRICK VAJDA

Bonjour à tous,
Cet article, qui me fut envoyé par un arbitre international Français de Hockey sur Glace, est une image, malheureusement exacte, du paysage arbitral et peut s’appliquer à un nombre important de sports.
 
Cette analyse est fort pertinente, même si elle est triste !
 
Il m’est apparu important d’en faire mon éditorial de Juin 2019.
 
Bonne lecture et bonnes vacances
 
Patrick Vajda
Président de l’AFCAM
Président de IFSO
 
En octobre dernier, un reportage de la Société Radio-Canada (SRC) faisait état d’une pénurie d’arbitres dans le monde du hockey mineur. Les chiffres de Hockey Québec-Chaudière-Appalaches ne mentent d’ailleurs pas alors que le nombre d’arbitres fédérés pour le hockey mineur est passé de 800 à quelque 550 en 5 ans. Selon notre expérience auprès de plusieurs organisations sportives, les autres sports vivent également une problématique similaire. Mais à quoi peut-on donc attribuer ce manque d’arbitres?
 
Dans ledit reportage de la SRC, François Talbot qui est arbitre en chef régional pour Hockey Québec-Chaudière-Appalaches mentionne que « Chaque année, environ 100 à 125 [nouveaux] officiels se joignent au groupe, mais pour différentes raisons, on en perd 150 à 175 ». Cela signifie donc que la volonté des gens de s’impliquer dans le hockey en tant qu’arbitre est toujours présente… mais qu’en dépit de cette relative bonne nouvelle, il sont encore plus nombreux à abandonner le sifflet. Face à ce problème de rétention de nos arbitres, comment pouvons-nous arriver à garder nos officiels?

L’arbitre philanthrope
 
Pour répondre à cette question, arrêtons-nous d’abord aux motivations initiales d’une personne qui décide de devenir arbitre. Premièrement, la passion pour le sport alors que beaucoup d’officiels diront qu’ils arbitrent pour redonner et contribuer à leur sport puisque celui-ci leur a apporté beaucoup dans la vie. D’autres personnes décident d’arbitrer afin de demeurer impliqué et de rester en contact avec leur communauté sportive. Hormis les jeunes qui, comme premier boulot, officient des matches en échange d’une modeste rétribution, convenons que l’argent n’est certainement pas la principale motivation d’un arbitre.  Dans ce contexte, considérons plutôt nos arbitres comme des philanthropes; ces personnes généreuses et désintéressées davantage attirées par le genre humain et cherchant à aider les autres par des dons, des œuvres, etc. Bref, cette définition colle bien plus aux arbitres qui, dans leurs conditions, donnent beaucoup d’eux-mêmes et souvent jusqu’à leur propre dignité. Et à cet égard, si nous questionnions nos comportements, comme parents, entraîneurs, joueurs, spectateurs, etc., peut-être réaliserions-nous que cette pénurie d’arbitres nous est en grande partie attribuable.
 
Disons qu’il est difficile de prétendre le contraire quand on entend des témoignages comme celui de Sonia Clément, arbitre en chef du Hockey Québec région Québec et Chaudière-Appalaches qui, en 2013 après 17 ans dans cette fonction, en venait à ce constat : « C’est comme si nous [les arbitres] n’étions pas des êtres humains. Dans un aréna, tout est permis. Dans une ruelle, la police débarquerait, mais au hockey, c’est différent». Qui plus est, avec l’arrivée des médias sociaux, elle soulignait les attaques de plus en plus personnalisées que subissent les officiels. Et si vous êtes un habitué des environnements sportifs, vous pouvez certainement témoigner des menaces, du dénigrement et des agressions vécues trop souvent par les arbitres.
 
«Amusons-nous» un instant à vous imaginer être escorté par la police après votre quart de travail.  C’est pourtant le sort que l’on réserve à des arbitres qui doivent être accompagnés par les forces policières jusqu’à leur voiture – voire même leur domicile – en raison des menaces sérieuses dont ils ont été l’objet dans l’exercice de leur fonction? Inadmissible, mais c’est pourtant ce qui arrive à nos arbitres actuellement. Malheureusement, il s’en trouvera pour dire que ces menaces ne sont pas sérieuses. Et qu’en est-il des sentiments d’insécurité et de peur vécus par les victimes?
 
D’autres seront tenter de justifier l’injustifiable en affirmant que l’arbitre le méritait en raison des mauvaises décisions appelées. Soit!  Alors demandez-vous comment vous réagiriez si, chaque fois que vous commettiez une erreur, votre patron ou un client vous enguirlandait en souhaitant pratiquement votre mort? Pire encore, imaginez que votre adolescent qui débute un nouvel emploi soit ainsi vilipendé par son patron après quelques erreurs! Le parallèle est pertinent lorsque l’on réalise qu’une grande majorité de nos arbitres dans les ligues mineures sont des adolescents.
 
Cercle vicieux
 
En définitive, n’est-ce pas normal qu’un arbitre, peu importe son âge et qui par surcroît en est peut-être à sa première année comme officiel, laisse son sifflet s’il vit régulièrement ce genre de traitement? Comment peut-on réellement espérer que ces personnes décident de revenir l’année suivante alors que leur passion pour leur sport s’en trouve probablement écorchée? Conséquence de ce triste roulement de personnel : des arbitres inexpérimentés qui, naturellement plus à risque de faire des erreurs, subissent des mauvais traitements et des attaques qui les feront abandonner… pour être remplacé par un nouvel arbitre sans expérience.
 
Ce malheureux cercle vicieux impacte les environnements sportifs d’une autre manière alors que ce manque d’officiels précipite leur développement en les forçant à officier des tournois ou des finales de plus grande importance… où les erreurs sont encore moins tolérées. Inquiétant quand on réalise que, très souvent, même des matchs sans signification prennent des allures de matchs de finale de la coupe Stanley en raison de la charge émotive déployée par certains spectateurs. Ce long plaidoyer en faveur de nos arbitres contribuera, souhaitons-le, à une meilleure reconnaissance, plus de respect et davantage de tolérance envers nos officiels qui jouent un rôle essentiel dans notre communauté sportive.  Ce faisant, ils pourraient retrouver leurs lettres de noblesse et le goût de s’engager.
 
Pour ce faire, nous devons porter une attention particulière à ces gens qui, plus souvent qu’autrement, choisissent cette fonction par pur altruisme. Il nous revient à TOUS de reconnaître l’importance de leur rôle et la prochaine fois qu’un proche s’en prendra à un arbitre, profitez de l’occasion pour lui faire réaliser que sous ce chandail rayé, se trouve d’abord un être humain. À cet égard, pourquoi ne pas rendre hommage à nos arbitres en se faisant photographier avec eux? #takeapicturewitharef
 
M.-A.D.
«[…] la volonté des gens de s’impliquer dans le hockey en tant qu’arbitre est toujours présente… mais [en] dépit de cette relative bonne nouvelle, il sont encore plus nombreux à abandonner le sifflet.»
 
 
 
 
 
 
 

DERNIERS ARTICLES EN LIGNE

Cliquer sur le titre pour visionner l'article en entier
ROLAND GARROS 2019
09.06 20:01
Un grand bravo aux finalistes de ce magnifiqu...
 
 

CONTACTEZ L'AFCAM

Remplissez le formulaire et laissez votre message.
*
*
Votre message
*
* Champ obligatoire

envoyer
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Directeur de publication : Patrick VAJDA, Président de l'AFCAM, Maison du Sport Français, 1 Avenue Pierre de Coubertin, 75640 PARIS Cedex 13

Webmaster : Gilles DUMONT  / contact@arbitre-afcam.org